Publié au milieu des années 2010, Platinum End s’est rapidement imposé comme une œuvre singulière dans le paysage du manga contemporain. Créé par Tsugumi Ohba et illustré par Takeshi Obata, le duo mondialement connu pour Death Note et Bakuman, ce manga propose une approche audacieuse mêlant fantastique, drame psychologique et réflexion philosophique.
Derrière une apparente battle
royale divine, Platinum End interroge des thèmes profonds tels que le
bonheur, le suicide, le libre arbitre et la responsabilité liée au pouvoir.
Malgré une réception contrastée, l’œuvre suscite de nombreux débats et continue
d’alimenter les discussions parmi les lecteurs et amateurs de manga.
1. Origine de Platinum End et place dans l’œuvre
des auteurs
Platinum End est prépublié entre novembre
2015 et janvier 2021 dans le magazine Jump Square de l’éditeur Shueisha.
La série compte au total 14 volumes reliés. En France, l’édition est proposée
par Kazé, tandis qu’une adaptation animée voit le jour en octobre 2021,
produite par le studio Signal.MD.
Le manga
s’inscrit dans la continuité des œuvres de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata, un
tandem reconnu pour sa capacité à mêler suspense, enjeux moraux et narration
complexe. Après le succès planétaire de Death Note, puis l’approche plus
réaliste du monde de la création artistique dans Bakuman, Platinum
End marque un retour à un univers surnaturel, tout en adoptant un ton plus
introspectif.
Contrairement à leurs œuvres précédentes, le récit ne repose pas uniquement sur l’intelligence stratégique ou la compétition intellectuelle. Il met davantage l’accent sur la fragilité humaine, le désespoir social et les traumatismes personnels.
Cette orientation confère à Platinum End une identité
propre, tout en conservant les obsessions thématiques chères aux auteurs : le
pouvoir confié à des individus ordinaires et les conséquences morales qui en
découlent.
2. Résumé de l’histoire et concepts fondamentaux
L’histoire
débute avec Mirai Kakehashi, un jeune lycéen profondément malheureux. Orphelin
depuis la mort tragique de ses parents, victime de maltraitance familiale et de
harcèlement scolaire, Mirai a perdu toute envie de vivre. Accablé par une
existence qu’il juge insupportable, il tente de mettre fin à ses jours en se
jetant du haut d’un immeuble.
Sa chute est
interrompue par Nasse, un ange chargé de veiller sur lui. Celle-ci lui confère
des pouvoirs surnaturels : des ailes lui permettant de voler à grande vitesse,
une flèche rouge capable de rendre toute personne amoureuse et soumise pendant
33 jours, ainsi qu’une flèche blanche, arme létale tuant instantanément la
cible touchée.
Mirai
apprend alors qu’il fait partie des treize candidats sélectionnés pour succéder
à Dieu, destiné à disparaître dans un délai limité. Chaque candidat est
accompagné d’un ange et dispose de pouvoirs similaires. À l’issue de cette
compétition divine, un seul humain deviendra Dieu.
Ce postulat
donne naissance à une confrontation progressive entre les candidats. Certains
aspirent sincèrement à améliorer le monde, tandis que d’autres voient dans ce
pouvoir une occasion de domination absolue. Très rapidement, la compétition se
transforme en une véritable battle royale, mêlant manipulations, alliances
temporaires et affrontements violents.
3. Une mise en scène spectaculaire et un travail
artistique remarquable
Sur le plan
visuel, Platinum End se distingue par une qualité artistique
exceptionnelle. Takeshi Obata, déjà salué pour son trait précis et expressif,
livre ici l’un de ses travaux les plus impressionnants. Les planches regorgent
de détails, les compositions sont dynamiques et les scènes d’action bénéficient
d’une lisibilité remarquable malgré leur complexité.
L’introduction
des ailes transforme radicalement la mise en scène des combats. Les
affrontements ne se déroulent plus uniquement au sol, mais investissent
l’espace aérien, multipliant les jeux de vitesse, de perspectives et de
verticalité. Les ralentis, accélérations et angles de vue accentuent la tension
dramatique et donnent aux combats une intensité rarement atteinte dans le
manga.
Les designs
des personnages, notamment leurs tenues futuristes, renforcent l’identité
visuelle de la série. Ces costumes, conçus par l’un des candidats, apportent
une touche esthétique forte et symbolisent la frontière entre l’humanité
ordinaire et le statut quasi divin des participants.
L’adaptation
animée reprend fidèlement cet univers graphique. Malgré certaines critiques
concernant l’utilisation de la 3D, celle-ci reste mesurée et sert efficacement
les scènes de vol. L’ensemble offre une transposition respectueuse du manga,
contribuant à élargir son public.
4. Thématiques sociales et questionnements
philosophiques
Au-delà de
son aspect spectaculaire, Platinum End se distingue par la densité de
ses thèmes. Le manga aborde frontalement des sujets sensibles tels que le
suicide, la dépression, le harcèlement scolaire et les inégalités sociales.
Tous les candidats partagent un point commun fondamental : ils ont, à un moment
de leur vie, perdu foi en l’existence et envisagé la mort.
Cette
approche confère à l’œuvre une dimension sociale forte. Le choix de situer
majoritairement l’intrigue au Japon, et plus particulièrement à Tokyo, fait
écho à des problématiques bien réelles, notamment le taux élevé de suicide et
la pression sociale.
Le concept
de succession divine soulève également des questions philosophiques majeures.
Qu’est-ce qu’un bon Dieu ? Faut-il imposer le bonheur aux autres ou respecter
leur libre arbitre ? Le pouvoir absolu peut-il être exercé sans corruption ?
Chaque candidat incarne une réponse différente à ces interrogations, donnant
lieu à des débats idéologiques parfois plus importants que les combats
eux-mêmes.
Le manga
interroge également la notion de bonheur. Mirai, contrairement à d’autres
protagonistes du genre, ne recherche ni la domination ni la gloire. Son
objectif est simple : vivre paisiblement, aimer et être aimé. Cette quête
modeste entre en conflit avec un système qui valorise la compétition et la
violence, accentuant le malaise et les dilemmes moraux.
5. Comparaisons, critiques et réception de
l’œuvre
Les
parallèles avec Death Note sont inévitables. Dans les deux cas, des
humains ordinaires reçoivent un pouvoir divin capable de bouleverser le monde.
Les thèmes du bien, du mal et de la justice sont centraux, tout comme la
question des limites morales. Cependant, Platinum End adopte une
approche plus émotionnelle et moins stratégique.
Cette
orientation divise le lectorat. Certains reprochent aux personnages un manque
de charisme ou un manichéisme excessif. Mirai, en particulier, est souvent
critiqué pour son attitude jugée passive ou naïve. Sa volonté de ne jamais haïr
ni tuer peut apparaître irréaliste face à la brutalité de ses adversaires.
D’autres
lecteurs apprécient au contraire cette posture, y voyant une critique de la
violence systématique et une affirmation du refus de la haine comme valeur
centrale. La relation entre Mirai et Saki apporte également une dimension
sentimentale qui contraste avec la noirceur générale de l’univers, ajoutant une
touche de douceur à un récit souvent oppressant.
La fin du
manga, volontairement ouverte et audacieuse, a suscité de nombreuses réactions.
Loin de proposer une conclusion classique, elle laisse le lecteur face à ses
propres interprétations. Ce choix narratif renforce le caractère philosophique
de l’œuvre, même s’il peut frustrer une partie du public.
Conclusion
Platinum End est une œuvre complexe, parfois déroutante, mais profondément marquante. En combinant une réalisation visuelle exceptionnelle à des thématiques sociales et philosophiques ambitieuses, le manga dépasse le simple cadre du divertissement.
Malgré ses
longueurs et ses choix narratifs discutés, il propose une réflexion sincère sur
la valeur de la vie, le poids du pouvoir et la quête du bonheur. À travers ses
imperfections comme ses fulgurances, Platinum End s’impose comme un
manga important de son époque, destiné à susciter débats et interrogations bien
après sa lecture.
10 questions – réponses
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